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IL Y A 150 ANS à CHAMPIGNOL... des précurseurs de l’habitat social (*)


Les observateurs de la vie locale de notre quartier de Champignol constatent qu’il fait une large place à des habitants issus de ce que les sociologues appellent « les classes moyennes » (entendues au sens très large). Quartier « bourgeois » ? Quartier « populaire » ? Un peu sans doute car c’est le reflet et de la diversité des Champignolais. Mais un événement de notre histoire locale datant exactement de 150 ans nous révèle pourquoi et comment l’accent a été mis à Champignol sur l’accès des classes moyennes à un habitat modeste lors des débuts de l’urbanisation.

Après le démantèlement des propriétés des Princes de Condé vendues comme « Biens nationaux », Saint-Maur a connu un morcellement peu favorable à une utilisation agricole. Une tentative de regroupement pour la culture de la betterave à sucre a débouché sur une faillite.

Les plus avisés ont poursuivi les regroupements dans un tout autre but. Au milieu du 19ème siècle commence la grande période des lotissements qui ont fait la fortune de familles déjà assez riches pour acheter de grandes surfaces de terres et les lotir : les Cafin, les Adam, les Didier, les Chappelier ont laissé leurs noms (voire les prénoms de leurs enfants) à des rues de Saint-Maur .... alors qu’il avaient eu surtout le « mérite » de réussir d’heureuses spéculations.

Mais en 1866, deux précurseurs dont aucune rue ne conserve les noms lancent des « lotissements philanthropiques » : Jules Bonnain, instituteur à Paris-Bercy, et Pierre Vial, imprimeur à Paris, signent devant le notaire de Charenton (il n’y a pas alors d’étude de notaire à Saint-Maur) les statuts de plusieurs « sociétés de prévoyance immobilière » intéressant d’abord le quartier des Mûriers, puis celui de Champignol.

La « Société de Champigny » et la « Société de Champignolle » lotissent à leur façon respectivement la moitié Nord et la moitié Sud d’un territoire délimité par la rue La Fayette (alors Chemin Latéral), l’avenue de Verdun et le boulevard de Champigny. Il incluait une grande partie des rues Parmentier et Marignan (qui portaient déjà ces noms) et de l’avenue Pierre Sémard (alors avenue des Deux Gares débaptisée au profit d’un cheminot, ancien secrétaire général du Parti Communiste, conseiller général de la Seine, fusillé par les Allemands comme otage en 1942). Elles créent 200 lots dont la plupart ont 10 m. de façade et 40 m. de profondeur.

L’article 1er des statuts signés par Jules Bonnain énonce : « Désirant arriver, par la réunion et la centralisation de leurs économies et par la puissance de l’association, à devenir propriétaires, dans un temps déterminé, de chacun un terrain de 400 mètres au moins .... ». Un autre article des statuts crée le tarif des amendes à payer pour les injures échangées entre associés ! Les femmes ne sont pas admises aux assemblées. Ces sociétés de prévoyance s’interdisent de réaliser un quelconque béné ce, tous boni éventuels étant redistribués aux souscripteurs. Elles n’ont pas recours aux banques car elles ont acheté les terrains moyennant des prix payables sur plusieurs années ... à couvrir par les versements hebdomadaires des souscripteurs.

Ceux qui souhaitent obtenir un lot de terrain par tirage au sort entrent dans la société : ils ne seront pas propriétaires du lot attribué mais, par une sorte de location-vente, ils auront espoir de le devenir à condition de verser 3 francs par semaine pendant 7 ans (soit à peu près une journée de salaire d’un ouvrier parisien).

Les souscripteurs avaient l’obligation de clore « leur » terrain et de protéger les arbres plantés sur les avenues des assauts des chèvres, mais pas celle de construire. En fait, la construction d’une maison était reportée à plus tard soit par manque de moyens soit parce qu’un projet de résidence secondaire pouvait attendre. Pour construire une petite maison de 1.500 francs il fallait poursuivre pendant 10 années de plus l’épargne de 3 francs par semaine. Les statistiques foncières nous révèlent que 20 ans après le lancement de ces lotissements, 95 % des terrains n’étaient pas encore construits !

Qui étaient les souscripteurs de ces sociétés philanthropiques d’habitat social avant la lettre ? Essentiellement des Parisiens issus du monde laborieux de la classe moyenne, pas très riches mais déjà privilégiés par rapport aux conditions économiques du petit peuple de Paris. Ces pionniers champignolais-parisiens étaient employés, marchands ou négociants en vins, cafetiers, restaurateurs, ébénistes, cordonniers, tailleurs, brocanteurs, épiciers, crémiers, modistes, tonneliers, mouleurs, artistes, mécaniciens, tourneurs, etc... , bref une vraie représentation de tous les petits métiers et de l’artisanat du 19ème siècle.

Si le descendant de l’un de ces pionniers de Champignol habite la maison construite par son ancêtre, nous le remercions de se faire connaître ! Mais déjà en 1885 près de 80 % des lots avaient changé de propriétaire. La chance est donc faible de trouver encore dans ses murs une famille béné ciaire du premier habitat social de Champignol dû à des initiatives privées mises en œuvre sans argent public et sans loi contraignante.

Bernard VINCENS.

Sources :Georges SAOUTER, auteur d’une intéressante et plus large étude publiée en 2000 dans « Le Vieux Saint-Maur », bulletin n° 73-74 de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Saint-Maur-des-Fossés qui est une mine de précieuses informations sur le passé de notre ville (e-mail : contact@levieuxsaintmaur.fr).

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(*) Erratum

Lors du montage de « La Lettre de Champignol » n° 45 distribuée dans les boîtes aux lettres du quartier, les indications de nos sources pour l’article sur « Des précurseurs de l’habitat social » ont été omises. Nous vous prions de nous en excuser. Un erratum sera publié dans la Lettre n° 46 et nous avons exprimé nos regrets à la Société d’Histoire et d’Archéologie « Le Vieux Saint-Maur » dont les travaux sont une mine sans cesse renouvelée sur le passé de notre ville.